Diagnostic : borderline

Bonjour chers lecteurs,

Comment allez-vous ? 
Moi ça va moyen. Je sais, je sais, je sais… Je vous parle régulièrement de mon épilepsie. Mais ce n’est pas le sujet de cet article. Il me semblait important de vous expliquer ce qu’il m’arrive.
Pourquoi ? Parce que nous parlons de psychiatrie. Or, la psychiatrie est hautement tabou, mal comprise, pleine de préjugés, au XXIème s.       
Vous rappelez vous de mon article sur l’épilepsie ? Vous pouvez le relire ici.
Dans tous les cas, dans celui-ci, je vous expliquais qu’un malade épileptique sévère était atteint de troubles associés.           
Pour ma part, le trouble le plus gênant est le trouble de la personnalité borderline.
Dans mon cas, le trouble borderline est donc directement lié à mon épilepsie sévère. Mais ça n’est pas toujours le cas ! Vous pouvez être « juste » borderline et croyez-moi, c’est largement assez !

Qu’est-ce que le trouble de personnalité borderline ?

Le trouble de la personnalité borderline (TPB) ou trouble de la personnalité limite (TPL) est composé d’un ensemble d’obstacles intérieurs, nous les appellerons des hameçons. Pour être diagnostiqué borderline, il faut avoir au moins 5 des 9 critères/hameçons suivant, pour ma part j’en compte 7 à 8 sur 9 :

  • Instabilité affective due à une réactivité marquée de l’humeur (hypersensibilité : émotions intenses et qui changent beaucoup) ;
  • Perturbation de l’identité : instabilité de l’image, de la notion de soi ;
  • Sentiment chronique de vide ;
  • Colères intenses et inappropriées, ou difficulté à contrôler sa colère ;
  • Impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dommageable pour le sujet (dépenses, sexualité, toxiques…) ;
  • Répétitions de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires ou d’automutilations ;
  • Efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés ;
  • Modes de relations interpersonnelles instables et intenses ;
  • Survenue transitoire dans des situations de stress d’une idéation persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères.

Le trouble de la personnalité borderline est donc défini à la fois par :

  • Certains des hameçons qui se présentent fréquemment au malade ;
  • Ce qu’il fait quand il se laisse hameçonner ;
  • L’éloignement de ce qui serait important pour lui.

Comment se développe ce trouble ?

Si je suis un cas bien particulier puisque mon trouble est directement lié à mon épilepsie, le psychiatre m’a expliqué qu’en théorie, un trouble borderline se développe, certes, mais se soigne, surtout ! Voilà qui est encourageant. Mais comment se développe-t-il ?!?

Il y a deux composantes importantes qui vont interagir l’une avec l’autre : une composition génétique et une composante environnementale.

La composante génétique

Il existe des études sur des dimensions du trouble de la personnalité borderline telles que l’impulsivité. Ainsi, si l’un de vos parents est impulsif, on sait que le sujet le sera aussi. Il y a donc une transmission génétique : un premier hameçon qui se développe.    
Par ailleurs, les personnes borderline auront une sensibilité génétique accrue aux émotions. Si cette composante ne suffit pas à développer le trouble, elle le favorise.

La composante environnementale

Pour que le trouble se développe, il est impératif (sauf dans un cas comme le mien) qu’une composante environnementale intervienne. On l’appelle le milieu invalidant.          
Il s’agit d’un milieu qui ne va pas l’aider à identifier ses émotions, les nommer et leur donner du sens étant enfant. On retrouve trois principaux types de milieux invalidants :

  • Les familles qui n’encouragent pas l’expression des émotions ;
  • Les familles qui reconnaissent les émotions seulement quand elles sont surexprimées ;
  • Les familles aux hautes exigences.

Attention, le milieu invalidant n’est pas forcément mal intentionné. Il l’est d’ailleurs rarement.

L’interaction entre les deux composantes

La vulnérabilité génétique et le milieu invalidant interagissent. Progressivement, l’enfant va avoir de moins en moins confiance dans ce qu’il ressent. Petit à petit, la personne perd contact avec ce qu’elle ressent avec son corps. Elle rencontre des difficultés à réguler les émotions, une impulsivité, et des difficultés dans les relations interpersonnelles.

Dans mon cas cependant, et si je peux avoir en plus les deux composantes, c’est un problème neurologique, l’épilepsie, qui favorise en grande partie le trouble borderline. En effet, mon cerveau est abîmé dans la partie qui régule les émotions.

Qui est touché ?

C’est un véritable fléau responsable de plus de 2 000 suicides par an en France et qui touche plus de 3,5 % de la population active, c’est-à-dire près de 2,5 millions de personnes, en particulier les adolescents et les jeunes adultes. 

Attention, ne confondez pas le trouble borderline et la bipolarité !

Pour rappel, la bipolarité est une pathologie psychique qui se caractérise par une alternance d’épisodes maniaques et dépressifs, entrecoupés de phases calmes où le patient ne présente aucun trouble. Les périodes maniaques se traduisent par un état particulièrement euphorique et exalté. L’individu dort très peu et semble souvent irrité. Durant les phases dépressives, il est au contraire extrêmement triste et mélancolique. Il semble totalement abattu, il ne ressent plus aucun désir et peine à assumer les tâches habituelles du quotidien. Il dort beaucoup, n’a plus d’appétit et éprouve fréquemment des envies suicidaires.

Les bipolaires se disent plus sensibles. Les borderlines également, mais souvent ils ont tendance à se faire beaucoup plus de mal et cela évolue de manière chronique. Il y a finalement peu de rémission chez les borderlines alors que chez les bipolaires, il y a des phases de normothymie relativement paisibles.

Comment je vis ce trouble ?

Si tous les borderlines ont des points communs, les hameçons, comme je vous l’expliquais précédemment, chacun le vit d’une certaine manière.        
Je vais donc vous expliquer mes ressentis -ou du moins vais-je essayer car il n’est pas facile de les décrire-  pour que vous compreniez un peu mieux.

Tous les jours ou presque, je vis des moments de stress non justifiés. Dans ces moments, je stresse tellement que s’en est douloureux. L’on ne peut pas parler d’une douleur physique… Comment l’expliquer ? Je suis tellement stressée que j’ai l’impression que mon cœur bat plus vite, j’ai peur de l’abandon, du rejet, du regard des autres et je me retrouve dans une grande instabilité. S’y ajoute alors la douleur. Imaginez que quelqu’un vous crie très fort dessus, par surprise, votre cœur s’emballe et vous paniquez… Voilà où se situe ma douleur.

Si je n’arrive pas à calmer ces ressentis, je rentre inévitablement en état de crise psychique : la détresse s’empare de moi, je me tords les doigts, je me balance de droite à gauche, je ne peux plus rien faire, je tourne en rond -littéralement – . La tension émotionnelle me paraît alors trop élevée pour être régulée. Je suis submergée.

Dans ces moments, mes proches, la méditation de pleine conscience, mon chat, les activités manuelles, les calmants et la marche jouent un rôle crucial avant que cela ne dégénère plus. Je conseille également le livre de thérapie «  Borderline cahier pratique de thérapie à domicile » du Dr Déborah Ducasse et de Véronique Brand-Arpon aux éditions Odile Jacob. Pour tout borderline, ce cahier de thérapie permet de comprendre la maladie et d’établir un plan à long terme pour calmer ses crises voire les réduire efficacement (c’est d’ailleurs grâce à ce livre que j’ai pu vous expliquer les parties techniques).

Enfin, pour moi, si cela va plus loin, je commence à me scarifier, à me mordre, à me griffer jusqu’au sang… Puis je commence à établir des schémas suicidaires. Malheureusement, j’en porte encore les stigmates sur mes bras et tous les jours j’ai sous les yeux les pires moments de ma vie : les crises suicidaires qui m’ont amenée en psychiatrie.

Tous les jours, les moments de stress non justifiés -ou pire- sont suivis de moments d’euphorie.
Je suis donc soit hyper stressée, soit hyper heureuse. Je peux également sentir la colère monter pour de petites choses (ou pas ! Cela peut être justifié !) et j’ai beaucoup de mal à redescendre. Dans une même journée c’est épuisant, éprouvant et très déstabilisant car aucune logique (hormis la colère, donc) ne vient expliquer pourquoi je ressens cela.           
Ainsi, c’est aussi douloureux : ne pas se comprendre soi-même, ne pas arriver à suivre ses propres émotions… C’est… esquintant et je vis rarement dans une sérénité de longue durée.

En plus du stress, je ressens très souvent une impossibilité à m’activer sur une tâche très longtemps. Les activités manuelles sont alors mon salut même si l’impatience arrive vite et que je dois trouver une nouvelle tâche rapidement si je ne veux pas me sentir en souffrance… Que de complications !!! Il y a d’autres symptômes mais je ne les citerai pas. En effet, ils sont un mélange dû à l’épilepsie et au borderline… C’est un cas bien précis et je ne crois pas que les autres borderlines soient forcément concernés.

La psychiatrie

Notez que les séjours en psychiatrie sont salutaires. Premièrement car ils me sauvent littéralement la vie, ensuite car ils m’apaisent tellement que je repars sur le bon chemin pour plusieurs mois (en théorie), ensuite parce que l’équipe qui m’accueille est vraiment extraordinaire : de la femme de ménage aux psychiatres.

J’ignore si tous les hôpitaux psychiatriques sont de la même trempe. Je peux imaginer que non. Mais l’hôpital psychiatrique du CHU de Purpan, à Toulouse, est parfait.

Mon psychiatre fait en sorte que j’y reste le moins longtemps évidemment, pour ne pas me couper trop longuement du monde extérieur… Et durant mes séjours, je me retrouve dans un environnement neutre, sans possibilité de me faire du mal, avec des oreilles attentives dès que j’en ressens le besoin, un jardin arboré, des plages horaires d’art thérapies…

J’ai redouté ma première venue en psychiatrie. Les idées que l’on s’en fait sont rarement bonnes… et plus ou moins injustifiées. C’est vrai qu’il peut y avoir des malades qui hurlent, c’est vrai qu’il y a des chambres d’isolement… Mais n’imaginez pas un asile non plus !         
De plus, tout est fait pour que l’on soit obligé de s’autonomiser. En effet, contrairement aux autres services d’un CHU, vous ne mangez pas dans votre lit. Vous n’êtes pas en pyjama toute la journée. Vous devez finir par aller seul à vos rendez-vous médicaux ou à l’art thérapie… Petit à petit vous retrouvez l’envie de vivre, l’envie de sortir, l’envie de voir votre famille. C’est… magique ? Salutaire en tout cas !

Pour avoir vécu plusieurs semaines de psychiatrie (plusieurs mois si je fais le cumul), je me dois de préciser que j’ai vécu des moments extraordinaires. C’est assez ironique je l’admets. Rencontrer d’autres malades, des professionnels de santé, être dans un endroit serein, m’a fait tellement de bien !!!

Aucune honte à avoir donc, de faire un séjour en hôpital psychiatrique. C’est pour votre bien. POINT !

Voilà, chers lecteurs, un article sur les gens « au bord de la ligne ». Il est vrai qu’il est difficile d’appréhender nos besoins et de comprendre nos humeurs… Nos proches doivent souvent faire preuve de patience.             
Mais n’oubliez pas qui sont les premiers handicapés par ce trouble et surtout, ne jugez pas avant de savoir.
Ne vous méprenez pas non plus : un trouble psychiatrique, ce n’est ni une honte, ni transmissible : avoir pour amis des malades psychiatriques ne vous enlèvera en rien votre dignité ou votre santé !

J’espère avoir ouvert la porte sur de possibles réflexions et n’oubliez pas : un malade psychiatrique est un malade. C’est tout.
C’est pourquoi je termine cet article par une chanson qui me parle énormément et qui reflète le mal-être borderline à mon sens : Ne me jugez pas, de Camille Lellouche. Je conclue cet article par les paroles :

Toutes mes ratures et toutes mes impostures
Mes excès de folie qui abîment mes nuits
Vos regards sur moi, vous qui me jugez vite
Vous qui ne me connaissez pas
Même si, vous dites que oui
Où êtes-vous quand je pleure toutes les nuits
Quand je crie en silence, quand je tombe dans le vide
Que mon frigo est vide, faites-vous mine de rien voir
Avez-vous peur du noir?

Ne me jugez pas
C’est trop facile quand on n’sait pas
C’est trop facile quand on n’voit pas
Ne me jugez pas, aah
Ne me jugez pas
C’est trop facile quand on n’sait pas
C’est trop facile quand on n’voit pas
Ne me jugez pas, aah

Mes éclats de rire, mes blagues continues
Vous animent, vous font vivre, ce que vous êtes tordus
Mettez-vous à ma place, un moment
Et voyez ce que j’endure souvent
Je n’veux plus faire semblant d’être heureux devant vous
Que ça vous plaise ou non, ben tant pis, je m’en fous
Vous m’aimerez comme je suis ou peut-être pas du tout
Je m’en fous

Ne me jugez pas
C’est trop facile quand on n’sait pas
C’est trop facile quand on n’vois pas
Ne me jugez pas, aah
Ne me jugez pas, aah
C’est trop facile quand on n’sait pas
C’est trop facile, quand on n’vois pas
Ne me jugez pas, aah
Ne me jugez pas
C’est trop facile quand on n’voit pas
C’est trop facile, quand on n’voit rien
Ne me jugez pas

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