Bonjour à tous,
Enfin je termine cet article ! J’invite d’ailleurs chaque lecteur à me donner son avis sur le sujet… car je vais vous parler de la liberté d’expression.
Bon… Ce n’est pas le sujet le plus simple.
Au départ, je me suis dit que dans un pays où le politiquement correct est roi, la liberté d’expression se rétrécit. Puis j’ai pensé aux réseaux sociaux qui nous permettent une communication plus large… Puis aux journalistes, puis, puis, puis…
Vous l’avez compris : le cheminement a été long avant que je ne me décide à donner ma réflexion sur le sujet. Et tant mieux : j’ai eu le temps de cogiter.

Bref, cet article a été commencé, recommencé, réécrit puis le sujet jugé trop complexe pour moi… et s’il est terminé aujourd’hui, mes chapitres sont ciblés et je suis consciente de ne pas traiter le sujet dans son intégralité. Trop complexe pour la petite plume que je représente.
Ce qui m’a décidée à me repencher sur ce vaste sujet, c’est en commençant le roman « La Peste », d’Albert Camus. Laissez-moi vous expliquer…
Mon Erreur de Jugement
Au début de son roman et alors qu’il pose le décor, Albert Camus se fait étonnement insistant sur les droits du narrateur à relater les faits. Il se présente comme un chroniqueur – historien amateur – et justifie son roman et tout ce qu’il va narrer en précisant qu’il se base sur des documents, des carnets, des confidences, des témoignages…
De plus, il laisse planer en fin de paragraphe une phrase qui a attiré tout particulièrement mon attention :
« […]… Mais il est peut-être temps de laisser les commentaires et les précautions de langage pour en venir au récit lui-même. […] »
Sans aller plus en avant dans le roman, cela m’a fait rire. Puis réfléchir. Je suis tout de suite partie dans diverses réflexions sur la liberté d’expression du temps de Camus.

En effet, il semble prendre ses prédispositions avec un paragraphe « de sureté »… Comme s’il ne voulait pas que l’on puisse mal interpréter ses écrits et/ou l’accuser de dire des choses choquantes ou très mal vues. Il semble aussi vouloir convaincre le lecteur qu’il sait ce dont il parle, qu’il connait la peste mais aussi la ville d’Oran…
Cependant, et après lecture complète du roman et recherches approfondies sur l’écrivain lui-même, je ne peux pas dire que ce que j’ai pensé sur le moment fut juste.
« La Peste » est un roman complexe : le romancier n’y écoulant pas seulement quelques chroniques sur l’épidémie de peste survenue à Oran dans les années quarante.
Albert Camus met aussi en avant toute la faiblesse de la condition humaine face à la mort.
« La Peste », est donc un moyen pour transmettre sa philosophie plus générale sur la condition humaine.
L’on peut y voir aussi de nombreuses analogies dont celle entre la peste et le nazisme.
De plus, Camus inscrit dans ce texte l’interminable lutte entre la science et la religion.
Autrement dit, Camus a eu toute la largesse voulue pour exprimer à sa manière ce qu’il voulait faire passer et les « précautions de langages » évoquées au début du livre font partie du roman et n’ont rien d’une sureté quelconque prise par l’auteur.

… Mais cette réflexion, trop vite pensée, m’a permis de continuer sur ma lancée en me posant la bonne question :
Est-il vraiment juste de dire que nous avons de moins en moins de liberté d’expression ?
Depuis que je suis née, j’entends régulièrement des gens, qu’ils soient riches, pauvres, vieux, jeunes, célèbres ou inconnus, certifier que nous manquons de plus en plus de liberté d’expression. Sans réflexion aucune, il met également arrivé de penser que notre liberté d’expression, à nous, français, était en danger.

Comprenez bien que je ne me mets pas au niveau des plus fins philosophes. Je pose juste mes recherches et mes pensées… et ne me fixe que sur trois éléments de la liberté d’expression, pour ne pas m’éparpiller… Evidemment, je ne prends pas en compte les périodes de guerre qui sont, par définition, liberticides.
La théorie
En France, c’est l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, adoptée le 24 août 1789, qui a donné une existence juridique à la liberté d’expression : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi. ». »

Autrement dit, la liberté d’opinion et d’expression est l’une des premières libertés politiques et elle fait partie des libertés fondamentales de toute personne.
Au niveau individuel, la liberté d’expression est indispensable pour le développement et l’épanouissement de chaque individu. En effet, c’est en échangeant librement des informations et des opinions que les individus parviennent à comprendre le monde dans lequel ils vivent.
D’un autre côté, comme écrit dans l’article 11, notre liberté d’expression n’est pas omnipotente.
En effet, des restrictions peuvent être apportées. D’après l’article 19 du Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques adopté en 1966, la liberté d’expression peut « être soumise à certaines restrictions, qui doivent toujours être prescrites par la loi et être nécessaires. »
La Cour Européenne des Droits de l’Homme énumère les restrictions que les États sont en droit d’apporter à la liberté d’expression. Ainsi, les restrictions doivent être fondées sur :
- l’intérêt public : sécurité nationale, intégrité territoriale, sûreté publique, défense de l’ordre et prévention du crime, protection de la santé, protection de la morale, etc.
- la protection de la réputation ou des droits d’autrui : protection des informations confidentielles, protection du droit à l’image, protection de la présomption d’innocence, etc.
Enfin, évidemment, il peut y avoir également certains abus pour réduire notre liberté d’expression…
… Et dans les faits ?
» La liberté d’expression s’arrête là où la vérité dérange. »
Ass. Cissé JR.
Je trouve cette phrase très éloquente.
Les faits sont compliqués à établir ! La liberté d’expression, les dires « acceptables » contre les dires « choquants » dépendant de l’époque, des moyens de celle-ci, des faits historiques, des mœurs et j’en passe.
Nous ne pouvons pas comparer la liberté d’expression des années quarante à la France du XXIème siècle. Aucun jugement de valeur ici. C’était une autre époque. Les vérités n’étaient pas forcément les mêmes qu’aujourd’hui. De plus, on ne se posait pas forcément les mêmes questions… et donc, on ne faisait pas forcément attention à certains aspects de la société que l’on trouverait injustes aujourd’hui.

Pour vous donner un autre exemple, les droits de la femme n’ont pas changé en un jour !
La liberté d’expression des femmes fut longtemps bâillonnée.
C’est avec le temps, l’évolution des mentalités, que les femmes ont pu commencer à s’exprimer plus librement dans notre société. Elles continuent encore à lutter pour avoir les mêmes droits que les hommes. Aujourd’hui la liberté d’expression des femmes est -je dirais- presque égale à celle des hommes et les sujets d’inégalités sont exprimés de plus en plus facilement.
» La Liberté d’expression reste un éternel combat. »
Siné
Autrement dit, pour certains sujets, ce que vous pouvez dire sans mal aujourd’hui, vous ne le pouviez pas forcément hier… et ce que vous pouviez clamer hier… pourrait être très mal vu aujourd’hui !

Les Moyens d’Expressions Médiatiques
De tous temps, les moyens d’expressions ont existé. La créativité de l’homme n’a pas d’égal et si les arts ont toujours joué un rôle majeur comme moyen d’expression, les moyens médiatiques sont plutôt jeunes.
« Celui qui contrôle les médias contrôle les esprit. »
Jim Morrison
Hier

Les moyens d’expressions médiatiques étaient beaucoup plus réduits. Nous avions la presse écrite, la radio, les livres puis les débuts de la télévision… C’est à peu près tout et l’approfondissement des renseignements et du savoir était plus difficile.
Aujourd’hui

Au contraire, aujourd’hui, nous avons beaucoup plus de moyens médiatiques ! A l’heure où le numérique se développe, les moyens d’expression se sont démultipliés.
Aujourd’hui, Internet est devenu l’un des principaux vecteurs de la liberté d’expression et permet beaucoup plus facilement l’accès aux informations, aux débats, à la réflexion.
Parler est plus facile : pour l’exemple, souvenez-vous du mouvement #Metoo !
D’un autre côté, les progrès effectués dans le domaine des nouvelles technologies doivent nous interroger : la liberté d’expression est directement concernées par ces évolutions, car ces progrès constituent « une nouvelle société civile numérique que des gouvernements, mais aussi des entreprises, des mouvements criminels ou des individus peuvent, sciemment ou non, limiter, exploiter à des fins illégitimes ou encore y diffuser des informations erronées ».
Sans compter les informations que nous ne désirons pas fournir… mais que l’on nous vole grâce à Internet, les applications, les technologiques médiatiques !
Le Politiquement correct : les langues se lient
Au XXIème siècle, alors que la liberté d’expression devrait être amplifiée par les différents médias que l’on a à présent à notre disposition, on s’embourbe, à mon sens, dans des précautions de langage ridicules, pénibles voire liberticides !
On ne peut plus rien dire sur les femmes, les handicapés (ah ! pardon, les « personnes en situation de handicap »), les homos (ah ! pardon, les LGBTQIA), les pauvres, les riches, les étrangers… sans risquer d’être traité de sexiste, handiphobe, homophobe, classiste, raciste etc. Toutes les questions d’inclusion (ah ! oui, maintenant, c’est ainsi qu’on dit « diversité ») se voient régulièrement ramenées à du « politiquement correct »…

Mais se font-ils un cadeau, ces « discriminés » ? Ne participent-ils pas, paradoxalement, à ancrer dans les mentalités leur « non-conformité » ?
Ma principale objection au « politiquement correct » au sens large, est qu’il restreint notre liberté d’expression et dans cet état d’esprit étouffant, je ne vois que le désir de contraindre la façon dont les idées sont exprimées, présentées, dépeintes, racontées. De nouveaux tabous sont créés. Il s’agit plutôt d’une idéologie que chacun peut interpréter à sa manière, selon le temps, le lieu, les circonstances.
« Avec le politiquement correct, on ne dit plus noir mais « membre d’une minorité visible ». Ainsi, Stevie Wonder est une minorité visible non-voyante. »
Anthony Kavanagh
Bref, c’est fatigant et laissez-moi vous dire que le « celles et ceux » n’aura jamais sa place sur mon blog… Cependant soyons honnêtes : nous avons tous une forme de « politiquement correct » en nous. Des choses que l’on n’aime pas entendre, des dires que l’on préfère entendre formulés d’une certaine manière etc… Le tout est de ne pas forcer nos idéaux.
Car la liberté d’expression, c’est le droit de dire les choses comme on l’entend mais aussi le devoir de laisser les autres s’exprimer comme ils le souhaitent !
J’en profite pour râler un bon coup contre une grande partie des journalistes. Devenus des marionnettes qui ne vont jamais au bout des choses, qui parlent tous de la même manière, qui se contentent de sensationnel, qui disent ce qu’on leur dit de dire et ne cherchent jamais à aller plus loin…
Ces journalistes pratiquent le politiquement correct au quotidien. Je trouve ça anormal.

Il est facile, si l’on relâche notre attention, que notre liberté d’expression se réduise vraiment.
Le mimétisme de très nombreux journalistes pose problème… Cette fièvre qui s’empare soudain des médias et qui les pousse, dans l’urgence la plus absolue, à se précipiter pour couvrir un événement sous prétexte que les autres médias lui accordent une grande importance provoque un effet boule de neige et nous intoxique.
Plus les médias parlent d’un sujet, plus ils se persuadent, collectivement, que ce sujet est indispensable.
» Nos élites politiques et journalistiques sont obsédées par le moralisme. Les mêmes qui viennent défiler pour la liberté d’expression. «
Elisabeth Badinter
Par définition, avant, les médias de référence misaient sur la rigueur, la froideur intellectuelle et bannissaient le plus possible l’exagération en s’en tenant strictement aux faits. Cela s’est peu à peu modifié sous l’influence de la télévision. Le journal télévisé a déconceptualisé l’information. Il a établi une sorte d’équation qui pourrait se formuler ainsi : « si l’émotion que vous ressentez en regardant les images est vraie, l’information est vraie. » Et cela, nous devons nous en méfier.

Les grands cris : les langues se délient
Mais ne restons pas dans la morosité ! Ce paragraphe sera plus à mon goût ! Des langues qui se délient, c’est une liberté d’expression bienvenue ! Je vous présente trois exemple, un « avant-hier », un « hier » et enfin un « aujourd’hui » .
J’aurais aisément pu vous parler de Boris Vian, Victor Hugo, Baudelaire, Gainsbourg, Desproge, Ruffin etc…
Mais un exemple par époque me semble suffisant pour démontrer que l’ampleur de notre liberté d’expression n’est pas une question de date… mais de mœurs.
Avant-Hier avec Flaubert – l’écrivain
» O liberté! Que de crimes on commet en ton nom! Nous avons toutes celles qui sont nécessaires. «
Gustave Flaubert
Contrairement aux idéologues, les artistes ne se contentent jamais de théories. Ils vont au-dehors et leurs philosophies sont rarement lisses. Pleines d’aspérités, elles mènent parfois au-delà des mœurs de leurs époques.

Ce fut le cas de Gustave Flaubert et de son livre « Madame Bovary ».
Pour rappel, ce roman paru en 1857 est, à notre époque, une œuvre majeure de la littérature française et mondiale. L’histoire est celle de l’épouse d’un médecin de province, Emma Bovary, qui lie des relations adultères et vit au-dessus de ses moyens, essayant ainsi d’éviter l’ennui, la banalité et la médiocrité de la vie provinciale.
Gustave Flaubert, lui, est accusé d’avoir outragé la morale publique et religieuse et les bonnes mœurs par son premier roman et doit comparaître.
Le contexte historique, politique et littéraire des débuts du Second Empire explique en grande partie la tenue de ce procès. Le roman est en effet publié alors que « l’ordre moral » est particulièrement sévère et rend la poursuite de cette œuvre à plusieurs égards non seulement compréhensible à l’époque, mais surtout inévitable.

L’écrivain s’émeut le premier de l’accusation portée contre son œuvre, et restera persuadé de n’être que le « prétexte » à « une affaire purement politique ».
De nos jours, le procès de « Madame Bovary » déconcerte encore !
Et l’on comprend que l’évolution de la conscience collective a permis à un roman jugé « immoral » il y a un siècle et demi de devenir l’un des chefs-d’œuvre les plus reconnus de notre littérature.
L’évolution des mœurs permet une liberté d’expression différente aujourd’hui et ce « livre sur rien », comme le décrivait Flaubert lui-même, a pu représenter, pour les autorités, un danger potentiel en 1857. Alors qu’il n’en est rien aujourd’hui.
Hier avec Gainsbourg – le chanteur
» Je connais mes limites, c’est pourquoi je vais au-delà. «
Serge Gainsbourg
Ah il en aura fait voir de toutes les couleurs Serge ! Durant toute sa carrière, l’artiste a bravé les moeurs de son époque. Grande gueule dans l’âme, il a osé dire ce que d’autres n’osaient pas ou n’oseraient pas encore maintenant…
Du billet de 500 francs brûlé en direct, à sa chanson « version reggae » de la Marseillaise, il a ému (en bien ou en mal…) les français.

Qu’on l’adule ou qu’on le déteste, le poète torturé a donné un souffle nouveau à la chanson française. Connu pour ses provocations, l’auteur-compositeur n’a pas hésité à transgresser les codes, souvent à la télévision et entouré de volutes de fumée. Des scènes risibles à l’époque, mais que l’on regarde aujourd’hui avec crispation, tant certaines sont teintées de misogynie et de violence.
Serge Gainsbourg était un provocateur. Il savait amener certains thèmes à leur limite et nous interroger. Il a été agitateur d’esprits pour faire évoluer les mœurs contre le racisme ou l’antisémitisme… Il est aussi le fruit de son époque. Il chante par exemple la sexualité avec des femmes, d’égal à égal. Une première !
Nous en revenons ici à notre époque et à son terrible politiquement correct. Pourtant, si Charlotte juge que son père « n’aurait pas sa place aujourd’hui », j’émets des réserves : cela dépend à quoi l’on pense. En effet, alors que sa Marseillaise version reggae a beaucoup choqué à son époque, à la nôtre, elle ne choque plus grand monde ! Notre hymne national est régulièrement hué par certains français. Et que penser de la liberté d’expression de jeunes rappeurs français (ex : Nick Conrad) qui insultent la France en toute impunité, leurs chansons reprises en cœur et sans censure… aucun « parental advisory, explicit lyrics » en vue !

Encore une fois, question d’époque, question de mœurs…
En ce qui concerne Gainsbourg, il a toujours plaidé sa liberté d’expression et ne s’en est pas privé.
Aujourd’hui avec Jérémy Ferrari – l’humoriste
» L’humour, c’est le reflet de la liberté d’une société. «
Jérémy Ferrari
Jérémy Ferrari est un humoriste de notre temps. Il est spécialiste de l’humour noir… Ses spectacles ont eu pour thèmes des sujets explosifs tels que les religions, le terrorisme ou la santé.
Ceci étant dit, il prépare toujours ses spectacles en s’informant du sujet dans toute son entièreté. (voir article qui lui est dédié : ici)
Pour rappel, l’humour noir « vise à transformer des situations macabres, dramatiques… en une vision prêtant à rire pour amorcer, derrière, une réflexion de fond. Il souligne souvent de manière cruelle, obscure ou amère l’absurdité du monde. Faisant généralement appel à l’ironie et au sarcasme le plus violent. Il doit être parfaitement maîtrisé pour ne pas être confondu avec de la simple grossièreté ou de la méchanceté gratuite » autrement dit, le public doit avoir un second voire un troisième degré.

Dans une interview accordée à Brut (à retrouver sur YouTube), Jeremy Ferrari énonce les questions auxquelles il en a marre de répondre.
La première est « Il y a 30 ans on pouvait rire de tout et plus maintenant »…
Je cite à présent sa réponse (je vous invite d’ailleurs à écouter d’autres interviews : son discours ne change pas sur le sujet…).
Jérémy Ferrari a donc répondu :
« Ce n’est pas une question mais une affirmation et beaucoup de journalistes s’octroient des questions affirmatives… » puis « Il y a énormément d’humoristes qui vont répondre que c’est vrai et 99,9% de ceux qui répondent ne sont pas des humoristes engagés, ne sont pas des humoristes provocateurs… donc ça ne les concerne pas ! Ils valident quelque chose comme ça… ce qui est terrible parce que ça veut dire qu’on dit au public « Voilà, nous sommes des humoristes et sachez que tous nos propos sont moins corrosifs et moins engagés que ceux que vous pouviez entendre il y a 30 ans. Ca veut dire que nous avons abandonné la liberté d’expression, on va donc vous faire des sketchs, sachez que c’est relu. »… et c’est pas vrai !
Il y a 30 ans Coluche était censuré d’RMC, était censuré d’Europe 1, la chanson « Hexagone » de Renaud était censuré à la radio.
Donc je crois que de tout temps, il a fallu se battre pour obtenir sa liberté d’expression.
Je pense qu’il y a beaucoup d’humoristes qui n’osent pas dire les choses, qui préfèrent avoir un chèque plutôt que de se disputer avec une direction qui peut être frileuse sur un propos. Ils se disent » Bon alors je prends le chèque et je raye la vanne… ». Mais qu’est-ce qu’il se passe si tu dis » Non, si vous rayez ma vanne, je ne viens pas demain enregistrer ! « . Peut être que tu tombes sur un mec qui te dit » Ok viens enregistrer « … Mais tu ne le sauras jamais puisque tu préfères ton chèque ! »…

Ce que dit Ferrari résume ce que je vous disais précédemment : de tous temps, il a fallu se battre pour sa liberté d’expression. Ceux qui trouvent que l’on en perd sont des gens qui ne se battent pas forcément pour.
De plus, quand on vit dans l’instant présent, il est difficile de ne pas oublier les avantages qu’avec le temps nous avons gagnés, notamment grâce à des gens comme Ferrari, Gainsbourg ou Flaubert…
» Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter. »
Sören Kierkegaard
Bref, je suis, pour ma part séduite par le fait qu’il existe toujours, au XXIème siècle, au jour d’aujourd’hui, des gens qui se battent pour notre liberté d’expression. Qui osent dire ce qu’ils pensent, quitte à gêner ou à perdre un chèque. Des gens qui se moquent des handicapés, des homosexuels, des attentats, des politiques… Le tout est de le faire de façon intelligente et réfléchie. D’ailleurs, c’est la cas de Jérémy Ferrari qui travaille ses sujets au moins deux ans avant de se produire !
Le spectacle est pour lui « un outil d’expression qui fonctionne si le travail de recherche est accompli ».

Ma Conclusion
En conclusion… : NON. Nous n’avons pas perdu de liberté d’expression.
Ce droit existe depuis longtemps à présent et à chaque époque, les gens ont râlé. Mais la population n’a qu’une vision partielle de cette liberté.
C’est une liberté qui évolue avec son temps. Comme je l’évoquais précédemment, les mœurs, les moyens techniques, les lois se transforment ! Nous ne pouvons pas comparer notre étendue de liberté avec celle de Flaubert ou de Gainsbourg. L’histoire a changé, les conditions diffèrent…

Par contre, nous ressentons peut-être plus ces restrictions car les informations circulent beaucoup plus rapidement -presque instantanément-.
Je ne dirais pas non plus que nous avons gagné en liberté d’expression. Non. Encore une fois, c‘est « juste » une question d’époque.
D’autre part, cette phrase si souvent entendu « avant on pouvait parler de 000 plus facilement »… est vraie. Mais d’un autre côté, avant, on pouvait parler de XXX beaucoup plus difficilement !
L’on ne peut réduire l’amplitude de notre liberté d’expression à un seul sujet sur une certaine époque. Les précautions de langage sont de proportions globalement égales mais diffèrent.

Bref vous l’aurez compris, je suis contre le mimétisme journalistique et contre le politiquement correct qui atteignent des proportions indécentes pour la liberté d’expression dans son ensemble. Je suis pour rire de tout, en gardant en tête, d’autre part, que la liberté d’expression… ce n’est pas un droit omnipotent. Et ça ne l’a jamais été.
De plus, il y aura toujours des gens pour se positionner contre la liberté d’expression !
En revanche, n’oublions pas que la liberté d’expression que nous avons en France, au XXIème siècle, même imparfaite, est très importante par rapport à d’autres sociétés/civilisations/pays. Il faut en être conscients.
8 février 2006 : Charlie Hebdo publie 12 caricatures de Mahomet en soutien aux dessinateurs menacés de mort
» Quand on ne peut pas rire de tout, on finit par ne plus rire du tout. »
Occitanie Livre et Lecture
La liberté d’expression est d’une importance capitale. Elle va de pair avec la liberté de la presse, la liberté d’association, la liberté de réunion, la liberté de manifestation. En effet, si chacun a le droit d’exprimer sa pensée, ses idées, ses croyances, il doit aussi avoir le droit d’être informé et de pouvoir diffuser des informations. Bref, elle est indispensable à la stabilité et à la flexibilité de la société.
… Je suis pour ma part ravie d’être libre d’exprimer mes opinions grâce à ce blog et beaucoup d’autres moyens… Tout en faisant attention à ne pas heurter la sensibilité de chacun en évitant, par exemple, d’injurier !!!
Pour finir je conseille à tous de lire « La Peste » et me félicite d’avoir tiqué sur « les précautions de langage » dont Camus parle au début… car alors, toute à ma naïveté, je n’aurais certainement pas lu le livre de la même manière, restant dans un simple roman sur la peste et passant à côté du registre philosophique et réfléchi d’Albert Camus. Que l’on aime ou pas ce qu’il essaie de faire passer, avouez que cela aurait été dommage de le rater !

« Il n’y a pas de limites à l’humour qui est au service de la liberté d’expression car, là où l’humour s’arrête, bien souvent, la place est laissée à la censure ou à la l’auto-censure. »
Cabu
La liberté d’expression est une chose fabuleuse.
Après avoir écrit cet article, une de mes plus chères amies l’a lu. Nous avons ensuite débattu du sujet et quelques arguments qu’elle a pu me fournir ont quelque peu changer ma vision des choses.
Evidemment, ce que j’écris n’est pas parole d’évangile et il est intéressant, enrichissant, même, d’écouter les autres.
Ainsi, j’ai laissé exprès ma première conclusion.
Si il est vrai que j’ai beaucoup réfléchi pour cet article, je le redis, le sujet était trop vaste pour en parler dans toute sa largeur. En tout cas pour moi.
Mais si j’ai beaucoup « cogité », je n’ai pas eu de réflexion sur un argument que m’a donné mon amie…
Il y a eu un temps, où les réseaux sociaux, Internet n’existaient pas encore. A cette période, la télévision était la reine des médias… et l’on y disait beaucoup plus de choses que maintenant.
Nous parlons ici des années voyons… des années 75 aux années 2000. En gros.
Une période de 25 ans où il s’est dit, où il s’est passé beaucoup de choses… C’est la télévision qui a eu le privilège (ou pas) de les transmettre au public.
Je repense au billet de 500 Francs brûlé par Gainsbourg mais je pense aussi à Coluche. Si je ne me base que sur ses tacles contre les politiciens, il m’est difficile d’imaginer qu’aujourd’hui, il pourrait les sortir à la télévision.
Imaginez par exemple sa déclaration : « Combien il y a de gens qui travaillent à la Sécurité Sociale ? Un sur quatre ! » Je vois très bien les vautours de la bien pensence se ramener, entourés par les corbeaux de la politique… et s’exclamer « C’est dégueulasse ! », « Vous insulter d’honnêtes travailleurs !» etc.
Pour en revenir à ma conclusion, je me vois donc dans l’obligation de la refaire en partie.
Ma Conclusion Retravaillée/Reréfléchie
A la question « Avons-nous perdu en liberté d’expression ? », je dis toujours non.
En revanche, le politiquement correct a envahi de nombreux médias au point que l’on ne peut plus s’exprimer autant qu’on le voudrait. Il faut rester dans les codes. Le premier de ses médias et le plus flagrant, celui qui a effectivement perdu en liberté d’expression et globalement au passage, toute sa liberté de penser, est la télévision. Ainsi, ce n’est pas grâce à ce média que vous écouterez les moutons noirs.
Me revient à l’esprit, à ce propos, un fait concret qui illustre parfaitement ce que je dénonce.
Jérémy Ferrari (dont je vous parlais plus haut) avait été il y a plusieurs années, invité pour le Téléthon.
A cette occasion, il a commencé à sortir quelques blagues sur le handicap et les handicapés. Il a immédiatement été coupé par Sophie Davant… « Non non non on ne dit pas ça etcetc ». Pourtant, c’était sur France 2. France 2 qui a fait découvrir l’humoriste. France 2 qui savait qu’il faisait de l’humour noir. Mais non. Ne pas sortir des clous. Pour beaucoup, il est passé pour un petit merdeux (pardon Jérémy !) méchant et vulgaire qui osait se moquer des pauvres petits handicapés… oui désolée, j’ai un problème avec le Téléthon. L’association est extrêmement utile… mais faire défiler des handicapés « super courageux et trop gentils, trop mimis » pour qu’on les plaigne et qu’on donne de l’argent me dérange grandement. Je n’aime pas cette mentalité. Et n’oublions pas qu’il y a des handicapés lâches, cons, bêtes, méchants, cruels, moches… Ce n’est pas parce qu’on a un handicap qu’on a le Bon Dieu sans confession. Quelle hypocrisie ! Bref !
Nous en revenons donc à ce que disait Jérémy Ferrari dans son interview chez Brut. Lui n’a plus jamais participé. On a bridé ses textes ? Bye bye et tant pis pour le chèque (ou ici la visibilité et son image médiatique).
Pour en revenir à la télévision en général, comme je le disais, elle a perdu de sa superbe en s’embourbant de bien pensance.
En revanche, si sur CE média, il est rare de pouvoir dire tout haut tout ce que l’on pense, Internet est arrivé (sans compter les journaux papiers qui comptent plusieurs « rentre-dedans ») et c’est à présent ce canal qui sert les moutons noirs. C’est ensuite à chacun d’avoir la volonté, l’intelligence, de se faire sa propre opinion sur le sujet et de ne pas prendre au pied de la lettre la première information trouvée. Recouper les informations, remettre dans le contexte est un travail, je le reconnais, parfois très pénible car tout y passe et tout est dit…
A notre époque, la liberté d’expression n’est pas plus large, n’est pas plus basse, s’exprimer librement passe seulement par des canaux différents, avec des règles différentes.
Voilà ce que j’en conclue. Je remercie Annita d’avoir réfléchi à la question avec moi et de m’avoir donné matière à réflexion, pour préciser cette conclusion qui n’engage que moi.
Et vous ? Qu’en pensez-vous ?!?



Très intéressante ta réflexion, Cécile ! Et drôlement pointue ! En particulier ta réaction face à l’humoriste Jérôme Ferrari, ce que tu dis sur les handicapés. Cela me fait beaucoup réfléchir. Comme tu le sais sans doute, ma petite-file Suzanne (4 ans) est autiste. Cela change les perspectives sur pas mal de choses… Je vais m’ inspirer de tes cogitations pour mon intervention sur le sujet en 3e. Bises !!!
Anne
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Wah ! Un grand merci Anne, je suis flattée… Ma vision des choses n’engage que moi mais je suis heureuse si « j’interesse ».
En ce qui concerne le handicap, plus on enrobe le terme et tout ce qu’il représente, plus on oublie le but que l’on devrait avoir en premier : sensibiliser. Et non pas chouchouter.
Sensibiliser, c’est expliquer. Ce n’est ni plaindre ni moquer. C’est faire comprendre pour stopper a priori et préjugés… Et rappeler qu’un handicapé n’est qu’un humain. Ni plus. Ni moins.
Le jour du Téléthon est presque vulgaire à mon sens… Comme une sorte de « prostitution » des handicapés. Et je ne suis pas d’accord. Bien sûr, il est difficile de trouver un bon compromis. Trouver de l’argent sans faire plaindre… C’est terriblement compliqué et c’est pourquoi Jérémy Ferrari est le genre de personne importante je pense. Je le sais car je suis dans le bénévolat depuis 9 ans et il m’est arrivé et m’arrive encore d’être tentée d’en passer par là… Voire d’en passer par là sans m’en rendre compte.
Voilà voilà… je sais que critiquer le Téléthon c’est « mal »… Mais j’assume. Après tout, je suis à fond dans le sujet dans ma vie privée. Bref ! Bises à toi ! 😘
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Je te rejoins tout à fait sur le Téléthon, je pense absolument comme toi, en effet ce n’est pas politiquement correct de critiquer ce genre de truc, mais il faut que des gens courageux comme toi, qui vivent les choses « de l’intérieur », et sont plus légitimes et pertinents que les « valides » pour en parler, le fassent. En tout cas, ça fait drôlement du bien de se savoir sur la même longueur d’ondes qu’une personne dont les opinions sont aussi avisées que les tiennes. Je me trouve d’un coup plus intelligente ;-D
Bises, à bientôt, porte-toi bien surtout !
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Ahah merci beaucoup pour tes compliments mais je sens déjà mes chevilles enflées ! Je suis plutôt très flattée de savoir qu’une personne telle que toi, prof de surcroît, puisse apprécier un de mes articles 🤗 merci porte toi bien aussi 😘😘😘
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PS : si les réflexions de Jérémy Ferrari t’intéresse pour le handicap, je te précise qu’il tacle les ONG très justement également… Fais Jérémy Ferrari ont sur Youtube et choisis le premier lien… Il y a matière à réflexion…
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J’avais lu ton article il y a un moment déjà, l’ai trouvé un peu long et difficile à suivre jusqu’au bout, je t’avais fait un commentaire à chaud mais mon smartphone n’a pas voulu l’envoyer !!! La galère pour s’exprimer sur les réseaux avec tous les moyens à notre disposition, ce sont les mots de passe !!! Cela m’a fait grand plaisir de voir que tu reprenais ton écriture, en creusant toujours des sujets pas vraiment faciles ! Bises et Merci
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Merci à toi !
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